Tout le monde sait que dans le passĂ©, les Ă©crivains, en plus d'Ă©crire leurs Å“uvres littĂ©raires, Ă©taient très enclins Ă Ă©crire de petits journaux, annotations et lettres non seulement en racontant la situation dans laquelle ils vivaient Ă cette Ă©poque, mais aussi en expliquant pourquoi ils ont Ă©crit telle ou telle Å“uvre. C'est par exemple le cas de George Orwell. Il y a environ trois ans, un volume de lettres Ă©ditĂ© par Peter Davison. Ces lettres provenaient de l'auteur du livre "1984" et parmi toutes, il y en avait une très spĂ©ciale: le lettre rĂ©vĂ©latrice de George Orwell expliquant la raison de son travail « 1984 », mondialement cĂ©lèbre.
Dans Actualidad Literatura, nous avons l'honneur de vous l'offrir. Trois ans après cette lettre, George Orwell écrira son roman "1984":
Je dois dire que je crois que la peur que le monde a dans son ensemble augmente. Hitler disparaĂ®tra sans doute bientĂ´t, mais seulement au prix du renforcement de Staline, des millionnaires anglo-amĂ©ricains et de toutes sortes de petits fĂ¼hrers de type Gaulle. Tous les mouvements nationaux Ă travers le monde, mĂªme ceux issus de la rĂ©sistance Ă la domination allemande, semblent prendre des formes non dĂ©mocratiques, se regrouper autour de certains fĂ¼hrers surhumains (Hitler, Staline, Salazar, Franco, Gandhi, De Valera en sont divers exemples) et adopter la thĂ©orie selon laquelle la fin justifie les moyens. Partout, le mouvement mondial semble aller dans le sens d'Ă©conomies centralisĂ©es qui peuvent faire le «travail» au sens Ă©conomique, mais qui ne sont pas organisĂ©es dĂ©mocratiquement et tendent Ă Ă©tablir un système de castes. Avec ce dĂ©part des horreurs du nationalisme Ă©motionnel et une tendance Ă ne pas croire Ă l'existence d'une vĂ©ritĂ© objective, tous les faits doivent correspondre aux paroles et aux prophĂ©ties de quelque fĂ¼hrer infaillible. L'histoire a dĂ©jĂ en un sens: elle a cessĂ© d'exister, c'est-Ă -dire. il n'y a pas d'histoire de notre temps, qui pourrait Ăªtre universellement acceptĂ©e, et les sciences exactes sont en pĂ©ril, dès que la nĂ©cessitĂ© militaire cesse de tenir les gens au courant. Hitler peut dire que les Juifs ont commencĂ© la guerre, et s'il survit, cela deviendra l'histoire officielle. On ne peut pas dire que deux plus deux font cinq, Ă cause des effets, disons, de la balistique que quatre doivent faire. Mais oui, le genre de monde dont j'ai peur va arriver, un monde de deux ou trois grands super-États incapables de se conquĂ©rir, deux par deux il pourrait devenir cinq si le FĂ¼hrer le souhaite. Telle est, pour autant que je sache, la direction dans laquelle nous nous dirigeons rĂ©ellement, mĂªme si, bien entendu, le processus est rĂ©versible.
Quant Ă l'immunitĂ© comparative de la Grande-Bretagne et des États-Unis. Ce que les pacifistes peuvent dire, nous n'avons pas encore de totalitarisme et c'est un symptĂ´me très encourageant. Je crois profondĂ©ment, comme je l'ai expliquĂ© dans mon livre Le Lion et la Licorne, en anglais et en leur capacitĂ© Ă centraliser leur Ă©conomie sans dĂ©truire la libertĂ© de le faire. Mais il faut se rappeler que la Grande-Bretagne et les États-Unis n'ont pas goĂ»tĂ© Ă la dĂ©faite, qu'ils n'ont pas connu de graves souffrances et qu'il existe de mauvais symptĂ´mes pour contrebalancer les bons. Pour commencer, il y a l'indiffĂ©rence gĂ©nĂ©rale au dĂ©clin de la dĂ©mocratie. Vous rendez-vous compte, par exemple, qu'en Angleterre, personne de moins de 26 ans n'a le droit de vote et que pour autant que l'on puisse voir la grande masse des gens de cet Ă¢ge, ils s'en foutent complètement? Deuxièmement, les intellectuels ont une perspective plus totalitaire que les gens ordinaires. Les intellectuels anglais se sont gĂ©nĂ©ralement opposĂ©s Ă Hitler, mais seulement au prix d'accepter Staline. La plupart d'entre eux sont parfaitement prĂªts pour les mĂ©thodes dictatoriales, la police secrète, la falsification systĂ©matique de l'histoire, etc., du moment qu'ils se sentent du cĂ´tĂ© «nĂ´tre». En fait, la dĂ©claration selon laquelle nous n'avons pas de mouvement fasciste en Angleterre signifie dans une large mesure que les jeunes, en ce moment, cherchent leur fĂ¼hrer ailleurs. On ne peut pas Ăªtre sĂ»r que cela ne changera pas, ni Ăªtre sĂ»r que les gens ordinaires y penseront pendant les 10 prochaines annĂ©es, tout comme les intellectuels le font actuellement. J'espère que non, j'espère toujours qu'ils ne le feront pas, mais ce sera au prix d'un combat. Si l'on proclame simplement que tout va pour le mieux et ne pointe pas les sinistres symptĂ´mes, on contribue simplement Ă rapprocher le totalitarisme.
Il demande Ă©galement si je pense que la tendance mondiale est au fascisme, pourquoi est-ce que je soutiens la guerre? C'est un choix de maux. Je connais suffisamment l'impĂ©rialisme britannique pour ne pas l'aimer, mais je voudrais le soutenir contre le nazisme ou l'impĂ©rialisme japonais, comme le moindre mal. De la mĂªme manière, je soutiendrais l'URSS contre l'Allemagne parce que je crois que l'URSS ne peut pas complètement Ă©chapper Ă son passĂ© et conserve suffisamment d'idĂ©es originales de la RĂ©volution pour en faire un phĂ©nomène plus prometteur que l'Allemagne nazie. Je crois, et je pense depuis le dĂ©but de la guerre, en 1936, plus ou moins, que notre cause est la meilleure, mais nous devons suivre ce qui est le meilleur, ce qui implique une critique constante.
Cordialement,
Géo. Orwell
Comme nous l'avons dit plus tôt, « 1984 » c'est l'un des meilleurs classiques que l'on peut lire, c'est un classique de la recommandation totale et à mon goût, le meilleur que George Orwell a écrit. Sachant cela, connaissant les notes qu'il a prises trois ans avant de publier cet ouvrage, c'est maintenant que l'on comprend la raison de son argumentation.
Synopsis officiel du livre «1984»
Une interprĂ©tation futuriste inquiĂ©tante basĂ©e sur la critique du totalitarisme et de l'oppression du pouvoir, se dĂ©roulant en 1984 dans une sociĂ©tĂ© anglaise dominĂ©e par un système de «collectivisme bureaucratique» contrĂ´lĂ© par Big Brother. Londres, 1984: Winston Smith dĂ©cide de se rebeller contre un gouvernement totalitaire qui contrĂ´le tous les mouvements de ses citoyens et punit mĂªme ceux qui commettent des crimes avec leurs pensĂ©es. Conscient des consĂ©quences dĂ©sastreuses que la dissidence peut entraĂ®ner, Winston rejoint la confrĂ©rie ambiguĂ« par l'intermĂ©diaire du chef O'Brien. Peu Ă peu, cependant, notre protagoniste se rend compte que ni la FraternitĂ© ni O'Brien ne sont ce qu'ils apparaissent, et que la rĂ©bellion, après tout, peut Ăªtre un objectif inatteignable. Pour sa magnifique analyse du pouvoir et des relations et dĂ©pendances qu'il crĂ©e chez les individus, 1984 est l'un des romans les plus inquiĂ©tants et les plus captivants de ce siècle.
N'est-ce pas maintenant que vous avez envie de relire ce livre? Si vous ne l'avez pas lu, vous aimez le monde de la politique et vous voulez lire un bon classique, c'est ma recommandation aujourd'hui. Profites-en!