Les Prix du meilleur récit Ils ont consolidé leur position sur la scène littéraire européenne en distinguant, dans leur sixième édition, deux auteurs qui privilégient clairement l'imagination : le Catalan Irène Pujadas et la femme argentine vivant en Catalogne Silvana VogtToutes deux ont été récompensées respectivement par les prix narratifs catalans et espagnols, dans le cadre d'un appel à candidatures qui renforce également la présence de la bande dessinée et des nouvelles voix.
La Fondation FinestresL'organisation à l'origine de ces prix réaffirme son objectif de soutenir la meilleure fiction contemporaine et de donner de la visibilité à des œuvres souvent méconnues du marché de l'édition. Lors d'un gala organisé au Conservatori del Liceu de Barcelone, les lauréats ont été annoncés, réunissant… prise de risque créative, imagination sans limites et regard critiqueune attention particulière est portée aux récits qui s'écartent du moule plus réaliste et autobiographique.
Irene Pujadas : une aventure intérieure mêlant humour et fiction radicale
Dans la catégorie récit en langue catalane, le prix a été décerné à Irène Pujadas (Sant Just Desvern, 1990) pour son premier roman, L'intrusPublié par L'Altra Editorial. Le jury a mis en avant « l’intelligence d’un style d’écriture qui s’engage pleinement dans la fiction imaginative » et sa capacité à captiver le lecteur de la première à la dernière page, grâce à un humour incisif et à une perspective très personnelle sur le corps et l'identité.
Le roman est présenté comme un voyage à l'intérieur de son propre corpsUne aventure fantastique qui parodie le discours sur la connaissance de soi et le développement personnel. À travers cette exploration, Pujadas mêle références aux romans de voyage et à la tradition du récit d'aventure à des éléments absurdes et à une ironie subtile, construisant une fable contemporaine qui interroge l'obsession actuelle de l'introspection en quête de réponses simplistes.
Le jury catalan, composé de Anna Ballbona, Raül Garrigasait, Manel Ollé, Eva Vàzquez et présidé par Marina Espasa, il a souligné que dans L'intrus « Fable morale, candeur poétique et ironie subtile » coexistent, révélant toujours plus qu'il n'y paraît. Cette combinaison d'une apparente légèreté et d'une densité sous-jacente est l'une des raisons principales de la reconnaissance de l'œuvre lors des différentes remises de prix.
L'auteure, qui avait déjà reçu les éloges de la critique — son livre a été choisi comme meilleur titre catalan de 2025 Par le biais de divers médias spécialisés, il a profité de l'événement pour affirmer l'importance de la fiction À une époque marquée par l'hyperréalisme littéraire et l'exhibitionnisme autobiographique, Pujadas décrivait le processus d'écriture comme « quelque chose d'amorphe et d'incomplet », une sorte de tunnel solitaire rempli de mots barrés, et ne cachait pas sa joie de voir cet effort créatif récompensé par un prix d'une telle ampleur.
Au-delà de la reconnaissance symbolique, le prix s'accompagne d'un dotation financière de 25.000 eurosUne somme qui donne un coup de pouce bienvenu à sa carrière littéraire. Pujadas a expliqué, sans ambages, que cet argent lui permettra avant tout de gagner du temps pour continuer à écrire et, accessoirement, de s'acheter un peu d'argent. une bonne chaise ergonomique cela l'empêchera de se briser le dos en essayant.
Silvana Vogt : monstres, cataclysmes et une enfance au milieu des eaux débordantes
Dans la catégorie du récit en langue espagnole, le jury a décerné le prix à l'écrivain argentin Silvana Vogt (Morteros, 1969) pour son roman L'art subtil de créer des monstresPublié par H&O. L'œuvre se déroule à un village flottant dans la Pampa argentine —Morteros, le lieu de naissance de l'auteur— est inondé avec une facilité étonnante et sans explications claires, et dans lequel des voitures, des chiens, des vaches et même des cercueils émergent des eaux, créant un paysage aussi réaliste que troublant.
Le jury du récit en espagnol, composé de Andrés Barba, Giuseppe Caputo, Laura Fernández, María Negroni et présidé par Camila Enrich, a-t-elle souligné recréation d'un univers unique Et difficile à oublier. L'image de cette ville inondée devient une métaphore de la déstabilisation heureuse que ressent le lecteur en pénétrant dans la logique interne du roman, guidé par un narrateur à l'apparence innocente mais au regard implacable.
Vogt a décrit son livre comme une tentative de comprendre le moment où une tête plus ou moins normale se transforme en muscle créatif, presque comme une « machine à écrire » vivante. En résumé, elle décrit son œuvre comme « l’histoire d’une jeune fille qui tente de survivre aux catastrophes qui s’enchaînent dans une ville de la Pampa humide, en proie aux cataclysmes », mêlant souvenirs, imagination débordante et une sensibilité toute particulière face aux désastres du quotidien.
Installé depuis des années dans Sant Just Desvern, où elle travaille comme libraire à Cal Llibreter, l'auteure avait déjà publié en catalan — avec le roman La mécanique de l'eau, aux Éditions de 1984 – avant de revenir à sa langue maternelle pour ce projet. Lors de la cérémonie, elle a évoqué le poids de son exil personnel et expliqué qu'après des décennies loin de l'Argentine, ce livre est aussi une façon de se réconcilier avec leur pays et leur langue.
À l'instar du prix en catalan, le prix du récit en espagnol est doté de €25.000, une somme que Vogt a acceptée avec ironie et pragmatisme : son intention est de « gagner du temps pour écrire », une manière claire d'exprimer ce qui manque réellement à ceux qui essaient de vivre de la littérature dans le contexte actuel.
Un prix qui met à l'honneur la fiction imaginative et la diversité des voix.
La sixième édition des Finestres Narrative Awards confirme la volonté de Fondation Finestres L'objectif est de « récompenser l'excellence et ce qui passe injustement inaperçu », comme le soulignent les organisateurs. Cette approche explique le choix de deux romans qui s'écartent du réalisme direct et explorent en profondeur… territoires fantastiques, métaphoriques et expérimentauxMais toujours en gardant les pieds bien ancrés dans l'expérience humaine.
Dans le cas d' L'intrusLe pari implique un parodie du culte de la connaissance de soi, transformée en une aventure intérieure et accompagnée d'une ambiance typique des films d'aventure. L'art subtil de créer des monstresL'opération consiste à regarder la réalité avec les yeux d'un enfant jusqu'à ce que la normalité devienne étrange et apparaisse une succession d'images quasi apocalyptiques, au milieu des inondations et des silhouettes émergeant de l'eau comme si elles étaient des souvenirs incarnés.
Les deux ouvrages abordent le présent par le biais de l'imagination : face à la vague d'autofiction et de récits excessivement liés à la biographie, Pujadas et Vogt défendent l'idée que… pouvoir d'inventionLa première y parvient grâce à une fable absurde et lucide sur le corps et l'identité ; la seconde, avec un paysage rural débordant d'eau qui, tout en restant local, possède des résonances universelles sur la peur, la mémoire et la formation d'un écrivain.
Le prix n'est pas perçu comme une simple reconnaissance isolée de deux œuvres spécifiques, mais comme faisant partie d'un ensemble L'écosystème littéraire que Finestres est en train de construire à Barcelone et dans l'EmpordàLa fondation possède déjà deux librairies rue Diputació dans la capitale catalane, se prépare à en ouvrir une troisième dans la même rue et un espace spécialement dédié à la Palestine dans le quartier de Gràcia, en plus d'une autre librairie et d'une résidence littéraire dans l'Empordà, formant ainsi un réseau stable de soutien à la lecture et à la création.
Dans ce contexte, le prix de 25 000 € pour chaque lauréat – une somme importante comparée à la plupart des prix récompensant des travaux publiés, bien que modeste comparée à des initiatives récentes comme le prix Aena d’un million d’euros – fait office de un véritable coup de pouce pour ceux qui tentent de se consacrer à l'écriturePujadas et Vogt ont tous deux souligné qu'au-delà du prestige, le prix représente une marge de tranquillité et de temps créatif, une denrée rare dans le secteur de l'édition.
Un gala littéraire au Conservatori del Liceu axé sur le social
La cérémonie de remise des prix s'est tenue à Conservatoire Liceu de Barcelone, lors d'une soirée animée par la journaliste et communicatrice culturelle Laura Sangrà. Il ne s'agissait pas d'un simple événement formel : l'atmosphère alliait la solennité de la remise du prix à une volonté manifeste de réflexion sociale et politique, conformément au discours que la Fondation Finestres promeut depuis quelques années.
Depuis la scène, l'importance de redistribuer la richesse à la sociétéCe message est inhabituel lors d'événements culturels de ce type, surtout lorsqu'une part importante du financement provient d'une entreprise pharmaceutique. La direction des fondations liées à Ferrer International a publiquement défendu le fait qu'une part substantielle des bénéfices de l'entreprise soit allouée à des projets culturels, sociaux, sportifs et alimentaires, en privilégiant les initiatives ayant un impact concret.
Parallèlement à l'intervention institutionnelle, le gala a bénéficié de la participation de diverses personnalités des milieux culturels et journalistiques barcelonais, qui ont renforcé l'idée que Les Finestres Awards sont devenus un événement important Au sein du calendrier littéraire, la musique occupait également une place de choix, grâce à la présence d'étudiants boursiers issus du Conservatoire lui-même, ce qui contribuait à créer un lien entre la création littéraire, la formation artistique et le soutien philanthropique.
Dans cette ambiance festive, l'annonce des prix narratifs a été combinée à la proclamation de prix de la bande dessinée Les mentions de jeunes talents ont donné lieu à une soirée qui, tout en mettant en lumière la littérature établie et les carrières émergentes, a offert un panorama complet. Il en a résulté une mosaïque d'auteurs, de styles et de formats, démontrant que Finestres ne se limite pas à un seul genre ou à une seule langue.
La présence de Pujadas et Vogt sur scène a donné un visage à deux manières différentes de comprendre la fictionMais ils étaient unis par une conviction commune : le pouvoir des histoires. Leurs discours, simples et sans emphase, portaient sur l’expérience concrète de l’écriture, la difficulté de concilier littérature et vie professionnelle, et leur gratitude envers les lecteurs, les librairies indépendantes et les petits éditeurs qui osent publier des œuvres audacieuses.
Le rôle de Finestres dans le paysage littéraire espagnol et européen
Avec cette édition, les Prix Finestres renforcent leur importance dans le circuit de concours littéraires en Espagne et en Europenotamment dans le domaine de la narration catalane et espagnole. Contrairement à d'autres prix axés sur le volume des ventes ou la notoriété, la proposition de Finestres vise à placer au centre la qualité littéraire et l'originalité de la voixmême lorsqu'il s'agit d'auteurs qui sont encore en train de bâtir leur carrière.
La double perspective linguistique – catalane et espagnole – transforme ces prix en un point de rencontre entre des traditions littéraires qui partagent un même territoire mais circulent souvent à travers… différents circuits d'édition et de médiasLe fait qu'un auteur argentin résidant en Catalogne remporte le prix en espagnol et qu'un écrivain catalan le remporte dans sa propre langue renforce cette idée de dialogue constant entre les contextes et les sensibilités.
D'un point de vue éditorial, le concours fonctionne également comme Haut-parleur pour timbres de taille moyenne ou petiteDes maisons d'édition comme L'Altra Editorial ou H&O, qui privilégient des catalogues soigneusement sélectionnés et des ouvrages mettant en avant l'auteur, comptent parmi les bénéficiaires. L'impact d'un prix littéraire doté d'un budget conséquent et bénéficiant d'une forte couverture médiatique peut se traduire par de nouvelles éditions, des traductions et une meilleure présence de ces titres en librairie en Espagne et, potentiellement, dans d'autres pays européens.
De plus, le lien du prix avec un réseau de librairies physiques et une résidence littéraire – située entre Barcelone et la région de l’Empordà – renforce l’idée qu’il ne s’agit pas simplement d’un événement annuel, mais d’un véritable projet. un projet culturel à long termeLes activités, réunions et présentations organisées autour de Finestres permettent de maintenir vivant le dialogue sur les livres et leurs auteurs tout au long de l'année.
Dans un contexte international où les prix majeurs assortis de sommes de plusieurs millions de dollars font les gros titres, l'approche de Finestres se situe à un niveau plus proche de la réalité quotidienne de la création littéraire en Europe : des sommes importantes mais gérables. critères de sélection exigeants et un engagement explicite en faveur de la diversité bibliographique. Cette approche explique en grande partie la consolidation rapide du prix depuis sa création.
Avec le choix de Irène Pujadas et Silvana VogtLes Finestres Narrative Awards confirment leur préférence pour les récits audacieux, qui s'affranchissent du simple contexte local et qui envisagent la réalité sous un angle déformant, que ce soit de l'intérieur ou depuis une ville en proie aux catastrophes. Deux romans distincts, unis par leur foi radicale en la fiction, deviennent ainsi les emblèmes d'une édition qui célèbre l'imagination comme outil central de la littérature contemporaine.